L'esprit français






 

La France est un pays étrange où tout semble possible, même les attaques du virus en plein air. Depuis un certain temps on s’en doutait mais maintenant on en est certain : le COVID 19, virus tout particulièrement malicieux, est capable de contaminer de nouvelles personnes dehors, même dans des rues peu fréquentées. En effet il a mis au point un système extrêmement ingénieux qui consiste à flotter dans l’air à l’intérieur de fines gouttelettes et d’attendre ainsi le temps nécessaire pour pouvoir contaminer toute personne qui, inconsciente du danger, ne porterait pas de masque quand elle sort. Heureusement les autorités ont réagi et désormais, grâce à l’obligation de porter un masque partout, sauf pour l’instant chez soi, les Français peuvent maintenant marcher en toute tranquillité dans la rue. D’ailleurs, avec cette sage mesure, certaines personnes vont devoir porter un masque dès qu’elles vont sortir de chez elle le matin, c’est-à-dire dans la rue puis dans les transports en commun, puis pendant toute leur journée de travail, puis en fin d’après-midi à nouveau dans la rue et dans les transports en commun, puis pour aller faire des courses au supermarché ou dans divers magasins et elles ne pourront enlever leur masque, si elles le souhaitent, que le soir quand elles rentreront chez elles. Mais la santé est une chose primordiale et elles seront sans doute fières de participer, grâce à leur comportement exemplaire, à la lutte acharnée que nous menons contre le virus. Bien sûr certains mauvais esprits pourraient dire que si une nouvelle vague massive de la pandémie survenait par exemple à l’automne ou à l’hiver prochain cela prouverait que toutes ces contraintes n’auront servi à rien mais il ne faut pas les écouter car ils n’ont pas compris que l’essentiel n’est pas forcément d’être efficace mais d’agir et que l’action, à la manière de la pensée sartrienne, doit précéder la réflexion.

Nous en sommes donc là tout en attendant le fameux vaccin qui, une fois mis au point, mettra des mois sinon des années pour être déployé et donc commencer à être utile ou un médicament efficace qui, s’il réussissait à transformer les « cas graves » en « cas soignables », devrait parvenir à convaincre les populations que les protections telles que la distanciation sociale ou le port obligatoire du masque ne sont plus désormais nécessaires mais il y a fort à parier dans ce cas que les autorités françaises, par précaution, maintiendraient les mesures de protection pendant encore de longs mois, ne serait-ce que pour assoir leur autorité et nous prouver encore que notre santé, bien plus que nos libertés et notre confort, est ce qui compte le plus pour elles.

 

Août 2020